Nouveaux usages, concurrence des médias, auditeurs volatiles, le monde de l’audio se questionne; et pourtant, comme souvent, les réponses sont dans l’histoire.

Nous ne commencerons pas par une avalanche de chiffres, mais seulement par réunir ces 2 visions de l’audio autour de la table. A ma droite il y a la « daronne ». Une vieille dame qui a du vécu et un certain charisme. Après avoir servi pendant la guerre, éduqué des générations et sorti de la solitude de nombreux auditeurs… la radio est toujours aussi rayonnante. De l’autre côté… un petit frère prometteur. Soyons précis dans l’histoire de la fratrie : ils sont ‘demi’ frère et sœur. Le podcast est en effet né d’un mariage entre la radio et le web. Et ça change dans la culture et dans l’approche. ‘Podcast’ a toujours été très discret mais dorénavant, il veut s’imposer dans la cour des sons. Pour analyser les perspectives du petit frère Podcast, il faut donc comprendre pourquoi il a mis si longtemps à s’imposer. De même si la radio est en perte de vitesse, on peut aussi s’interroger sur l’engouement des flux RSS. Mais bonne nouvelle… pour saisir les évolutions des années 2020, il y a un trésor inestimable. Une pépite qu’on laisse bien souvent de côté sans même la dépoussiérer. Plongeons ensemble dans l’Histoire des médias.

Les 3 piliers de l’histoire de la Radio

La raison d’écouter la radio pour les millenals, c’est «parce que c’est pratique en voiture»!

  1. La Simplicité, toujours!

On peut tous brancher un poste de radio. Ma fille a 3 ans et demi. Elle a commencé à tourner les premiers boutons vers 12 mois. C’était une folle passion pour elle et plus généralement les bébés de son âge. Si je vous demande vos premiers contacts avec un poste de radio: vous aurez très vite ce souvenir de tourner la mollette et attendre que le grésillement laisse place à un son percutant !

Depuis toujours, l’utilisation de la radio, c’est simple comme dire « li li li li li li li »! Parfois dans son histoire, la radio s’est cherchée des complications techniques. Bide complet. Non, le poste radio se déplace avec l’auditeur ou scotché à la maison. Point.

Aujourd’hui, la première raison d’écoute de la radio pour les millenals, justement, c’est « parce que c’est pratique en voiture » (Jacobs Media). Oui même les plus jeunes disent : Pratiiique !!!

2. La direct LIVE, encore!

Concernant la diffusion du contenu radio, il y a deux situations claires: soit votre contenu est en direct, soit il est enregistré. Depuis toujours, les auditeurs sont captivés par le direct radio. Vivre intensément un événement en direct crée un lien unique. Les 40 cm de neige sur les routes, la victoire des Verts en Coupe de la Ligue, la disparition de Michael Jackson…j’ai l’impression qu’on apprend toujours les grandes nouvelles en écoutant la radio. Alors oui les chaînes TV sont là. Mais la radio est imbriquée dans notre quotidien.

Savez-vous que la dernière raison d’écouter la radio pour les jeunes, c’est « le sport » . Il est seulement à 15 %. Oui la force de l’image prend le dessus. Mais cela a toujours été le cas, au moins depuis les années 90. En revanche, pendant la dernière Coupe du Monde de Foot, j’étais devenu addict à RMC. Tellement pratique quand les matchs se jouent en pleine journée. Encore une fois, un média simple et pratique qui diffuse des directs.

3. La Radio Rassemble

On est jamais isolé en fait. Même si vous êtes seul dans votre voiture à écouter un match de foot bloqué dans les bouchons, vous êtes connectés avec le temps collectif. La radio crée un lien social.

Les libres antennes des années 90 créent aussi du lien social. Love in Fun a contribué d’une certaine manière à une mission de service public (pédagogie sur la question du Sida). A ce titre, Difool aurait pu devenir le président de Radio France !!

Dans les années 60, il y a avait aussi l’émission mythique Salut les Copains. La jeunesse de l’époque a clivé entre le « pour » et le « contre » écouter Salut les Copains. Il y avait un véritable phénomène de société.

Alors docteur…

Voici nos 3 remèdes pour consolider la santé de la radio : conserver le goût du direct, continuer à vouloir rassembler les auditeurs et toujours rendre facile l’écoute de 3 à 99 ans.

Ressortez vos vieux baladeurs MP3 ou Ipod.

Et le podcast alors?

Maintenant qu’on vient modestement de sauver un média entier et des milliers d’emplois… on s’attaque au podcast !

  1. Podcast, Pas si simple!

Ressortez vos vieux baladeurs MP3 ou Ipod. Et bien avec ses trucs là, vous pouviez écouter des podcasts ! Depuis le début des années 2000, il est à notre portée. Alors pourquoi un bide ? Oh c’était la grande époque du téléchargement illégal. E-mule bossait comme un fou pour gaver votre baladeur de titres que vous n’écouterez jamais. Du coup vous n’êtiez pas vraiment réceptif à vous abonner et télécharger des émissions radio/audio. Et puis votre baladeur n’a pas le wifi. Donc sur le papier c’est simple, mais il y a des petites manipulations à faire… bref, la greffe ne prend pas.

2. l’histoire du contenu original

Avec notre côté exception culturelle à la française, quand on lance un nouveau média, c’est pour donner la parole aux artistes, intellectuels et différents projets « hybrides ». Voilà en 2002 l’arrivé d’Arte Radio. Elle est présentée comme « une radio à la demande ». Visionnaire ? Peut-être, mais à l’époque je n’ai pas le souvenir qu’Arte TV communiquait sur ses propres programmes de radio à la demande.

Notons pour les producteurs non-professionnels, qu’entre les 80’s et 00’s, si tu voulais produire des émissions, tu allais dans une radio associative. Là, tu y vois des gens passionnés avec des émissions spécialisées, des thématiques de niche (enfin là c’est un terme marketing) avec une grille d’antenne complète. Je me souviens avoir écouté sur Radio DIO une émission sur les musiques de guinguette, très sympa. Bob était aussi le spécialiste Reggae avec « Fréquence Enfumée », et un dingue de polars parlait avec enthousiasme dans son émission « le cadavre est dans la soupière ». Ces radios libres existent toujours. Mais nous sommes désormais dans une société un peu plus individualisée. Il y a maintenant des projets de production audio en solo ou à Team réduite. Avec la contrainte d’une association et d’un projet de groupe, les radios associatives n’attirent plus. Les bénévoles se font rares.

3. Le podcast et le Lien social?

La radio apporte un sentiment d’appartenance à un groupe. Le podcast en est-il ? Pas encore, mais bientôt je pense. Quand les productions seront plus populaires et plus puissantes, il y aura ce lien social. Nous ne serons pas dans l’instant T collectif, le live, comme un match de foot. Mais dans le partage d’un contenu actuel. Lorsque Netflix sort une nouvelle série évènement, on est plus ou moins dans le même « tempo » pour la regarder. On la commente en même temps. Et puis si l’œuvre est puissante, on aura plaisir à échanger, même bien après le visionnage.

Dites, docteur le podcast?

Voilà une télé-consultation pas chère pour le podcast !! Gratuite ! Et voici mon ordonnance : rendre encore plus simple l’écoute du podcast. Et ne plus parler de RSS, Natif, Appli, Rattrapage… Netflix utilise quel encodage pour diffuser La Casa De Papel ? Et le dernier Pacino/Deniro sur Netflix est-il Natif ?

Le contenu de niche est une très bonne chose mais il va falloir créer des contenus plus généralistes, pour rassembler (oui, c’est plus difficile mais pour la longévité du média, c’est important). Ainsi, nous aurons un social fédérateur.

80% des auditeurs de podcasts «natifs» sont des auditeurs de radios.

 

Rémy Bertholon

Rémy Bertholon

Consultant Agence Stratégie Podcast

Animateur radio (France Bleu, Chéri FM, leMouv’) et créateurs des podcasts :

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